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L’annexion de l’Alsace-Lorraine

Une des clauses de l'armistice donnait l'Alsace-Lorraine à l'Allemagne. Le Musée de Gravelotte entend jeter un regard objectif sur les 48 ans que dura l'Annexion. Il est vrai que ces territoires formèrent un glacis militaire entre les deux pays. Les habitants purent choisir leur nationalité jusqu'en 1872. Beaucoup, préférant rester français, durent quitter la région, un exil volontaire aggravé deux ans plus tard lorsque l'Allemagne rendit obligatoire le service militaire. Le pouvoir, tenant à intégrer les nouveaux territoires dans l’Empire, les soumit à une germanisation plus ou moins soutenue. On fit venir des Allemands d'ailleurs pour compenser les pertes de population, le protestantisme, religion de l'Empereur, fit un grand retour1... Tout cela était renforcé par une présence militaire considérable et par l'érection de monuments grandioses à la gloire des vainqueurs2.  Et puisque la guerre franco-allemande est la dernière qui ait conduit à l'unité allemande, on célèbra Bismarck comme le « forgeron de l’Empire ». C'est ainsi qu'il est représenté sur la statuette exposée au Musée de Gravelotte : il forge l'épée de Germania sur une enclume où figure l'inscription Unitas ; un bouclier aux armes de l'Empire est posé au pied de l'enclume. On produisit en série des copies en plâtre de ce modèle. Les gens pouvaient acquérir : sans doute était-il bien vu d'exposer chez soi une telle pièce de propagande3. Le sentiment francophile subsista pourtant, et il fut parfois brutalement réprimé.

Toutefois, avec le recul, on peut désormais parler des avantages que les régions annexées tirèrent de leur nouvelle situation. Elles connurent en effet un développement économique sans précédent grâce au fort investissement des industriels allemands. Les habitants jouirent d'une meilleure protection sociale, encore en vigueur de nos jours. Les villes, en particulier Metz et Strasbourg, capitale du Reichsland Elsass-Lothringen, mais aussi de nombreuses villes de moyenne importance, s'étendirent largement et bénéficièrent d'un urbanisme caractérisé par une architecture remarquable4 et des infrastructures modernes. L'architecture wilhelmienne, loin de se réduire à du néo-quelque chose (roman, gothique ou classique), est pleine d'inventivité et donne au paysage urbain un aspect monumental où la sculpture tient une grande importance. Au tournant du siècle, les villes se parent d'immeubles cossus dont les façades adoptent le Jugendstil en vogue partout en Europe.


  • 1. En Lorraine, il avait presque disparu depuis la Révocation de l'Édit de Nantes par Louis XIV.
  • 2. Ces monuments de propagande furent détruits après 1918. Le musée en présente des fragments.
  • 3. Les gens se sont débarrassé de ces images de propagande lorsque la région retrouva le giron de la France ; la statuette que nous présentons ici avait échoué dans un dépotoir, où elle fut retrouvée peu après la Seconde guerre mondiale.
  • 4. Cette architecture a longtemps été décriée après le retour de ces régions à la France. A Strasbourg, dans les années 60, un projet visait à démolir le Palais du Rhin ; et tout récemment, la ville et les Monuments Historiques n'ont pas hésité à masquer la belle façade de la gare par une hideuse verrue de verre, détruisant ainsi l'harmonie de la place. Les Messins ont quant à eux méprisé le magnifique quartier construit durant l'Annexion, jusqu'à ce que le maire J.-M. Rausch  fasse nettoyer la gare et que les habitants redécouvrent ce superbe et majestueux édifice. Heureusement, les villes demandent aujourd'hui que ce patrimoine soit classé par l'UNESCO, ce qui est déjà fait pour Strasbourg et en cours pour Metz.

Référence à citer

Marc Heilig, « N'oubliez pas les morts fidèles... », archeographe, 2014. http://archeographe.net/N-oubliez-pas-les-morts-fideles