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La Halle du Souvenir

Juste en face du musée de Gravelotte, la Halle du Souvenir fut, jusqu’au retour à la France, le lieu de mémoire le plus important. Il remplace un autre monument, la tour panoramique qui avait été érigée sur l’éminence du Point-du-Jour1. On chercha vainement un nouvel emplacement de commémoration sur le champ de bataille ; aussi choisit-on le cimetière militaire de Gravelotte et, plutôt que de reconstruire la tour, on opta pour un édifice entièrement nouveau.

Le bâtiment s’élève au fond du cimetière militaire de Gravelotte. Celui-ci fut aménagé en jardin2 et sa légère pente constitua dès lors comme une progression symbolique vers la Halle : on longeait les monuments funéraires d’officiers, puis les fosses où reposent les soldats tombés au combat, avant d’atteindre le monument commémoratif.
Construit avec le calcaire local, dont la couleur dorée rappelle la pierre de Jaumont, cet édifice de style néo-roman reprend la forme d’un cloître ; il est l'œuvre de l'architecte Albrecht, avec la participation de Blumhardt et de Tornow, et fut inauguré par Guillaume II le 11 mai 1905. L'ensemble est sobre, avec pour seuls ornements le portail richement orné et les chapiteaux des colonnettes. L'Empereur avait offert une grande statue d'ange en bronze doré à la feuille, exécutée par Ludwig Cauer, sculpteur renommé de Berlin ; elle occupait l’abside en face de l’entrée. G. Fischer, dans le guide du mausolée qu’il fait paraître à Metz en 1905, en donne une description détaillée3. « L’ange, écrit-il, à l’allure énergique, produit un effet particulièrement émouvant ici, au milieu d’un grand cimetière. Il semble attendre un signe pour appeler, de sa trompette, les morts à la résurrection. Visible depuis l’entrée du cimetière, l’ange à la trompette, dominant l’ensemble, se dresse sur un socle de granit de Belgique semblable au marbre. De la tête aux pieds, il mesure trois mètres. La coulée de bronze a été réalisée par la firme Martin et Piltzing à Berlin, et la statue a reçu une double feuille d’or. Les yeux, sertis, sont en agate blanche et en grenat. La bordure du vêtement est ornée d’agates vertes. »

Cauer avait aussi réalisé le buste de l'Empereur Guillaume Ier qui se trouvait dans la cour ; le socle donnait au souverain le titre de Guillaume le Grand. Sous les arcades du cloître, de grands médaillons de bronze représentaient en bas-relief les chefs militaires : le Feldmarschall Steinmetz et le Prince Frédéric-Charles, qui commandaient respectivement la Ière et la IIe Armée, Bismarck, Moltke, Roon et d’autres. Ces portraits, œuvre du sculpteur messin Knittel, provenaient de la tour du Point-du-Jour ; ils ont disparu mais le Musée de Gravelotte expose les modèles de plâtre qui ont servi à les réaliser. De grandes plaques de marbre noir portaient en lettres dorées le nom des corps d’armée et le nombre de leurs officiers et soldats tombés à Gravelotte ; des plaque plus petites, en marbre blanc, donnaient le détail des régiments. Les noms de tous les soldats, avec leur grade et le nom de leur corps d’armée, figuraient sur des feuillets de parchemin inclus dans la dernière pierre du monument, qui fut posée le 25 avril 1905 derrière l’ange4.



  • 1. La tour du Point-du-Jour fut inaugurée le 18 août 1895, jour du 25e anniversaire de la victoire prussienne de 1870, en présence de nombreux anciens combattants et d’une grande partie de la population de Metz et des environs. Elle avait été érigée dans un élan patriotique grâce à la générosité des princes allemands, des villes, des corps d’officiers et de nombreux patriotes allemands, en honneur aux victimes du champ de bataille. Elle était décorée des portraits des chefs de l’armée et de plaques commémoratives citant les noms des soldats morts au combat.
    Malheureusement, à peine 6 ans plus tard, on la détruisit pour des raisons de défense nationale : sur la colline du Point-du-Jour devait être construite la Feste Kaiserin qui faisait partie du projet de fortifications plus larges autour de Metz. La Feste Kaiserin fut rebaptisée Groupe fortifié Jeanne d’Arc en 1919. L’endroit n’est pas à Gravelotte, mais chevauche les communes de Châtel-St-Germain et de Rozérieulles (voir la carte IGN au 1 : 25 000 3313 Est).
  • 2. Bismarck offrit un chêne de sa propriété de Sachsenwalde, qui fut planté le 22 mars 1897, jour du 100e anniversaire de la naissance de Guillaume Ier.
  • 3. G. FISCHER, Illustrierte Führer durc die Gedenkhalle von Gravelotte, 1905. Traduit en français, cet ouvrage a été republié en 2005 par Bernard POLLINO et le Club Marangeois d’Histoire locale, sous le titre Guide illustré du Mausolée de Gravelotte. Je tiens à saluer ici ce travail de mémoire exceptionnel où j’ai puisé de nombreux renseignements pour rédiger cette partie de mon article.
  • 4. Au total, 767 feuillets, qui portent les noms de 684 officiers et 11 940 soldats. Une liste identique fut déposée aux Archives départementales de Metz.