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L’abbaye des Cordeliers des Thons

Grandeur et décadence
On doit l’abbaye des Thons à la dévotion de Guillaume de St-Loup, seigneur de l’endroit1, et de son épouse Jeanne de Choiseul. Le duc de Lorraine Jean de Calabre leur accorda d’installer sur leur domaine un couvent de Cordeliers de St François en 14522. Guillaume de St-Loup finança les bâtiments : la première église, dédiée à saint François, est consacrée dès avril 1453. La prédication des Frères est si populaire que l'église s'avère rapidement trop petite. Grâce à la générosité de mécènes, elle est agrandie en 1483 ; le clocher est béni en 1486. L’église passe alors sous le vocable de N.-D. des Neiges.

Le couvent connaît des heures fastes jusqu'à la fin du XVIe siècle. Il sert de séminaire de l’ordre et héberge de 1542 à 1546 un hôte de marque, le Père Conseil3. Tout au long du siècle, les seigneurs des environs distinguent l’église en y construisant des chapelles funéraires et en installant des gisants dans la nef4.

Un grave incendie ravage l’abbaye vers 1610. L’aspect actuel date de la reconstruction de cette époque. Le couvent ne fait ensuite que décliner : au XVIIe s. n’y résidaient plus que six religieux, des personnes âgées et l’un ou l’autre prisonnier assigné à résidence par le roi. A la Révolution, l'ensemble est vendu à un agriculteur, puis partagé entre ses trois fils ; il restera divisé en trois lots jusqu’à nos jours. Inscrit à l’inventaire supplémentaire des M. H. en 1945, il ne cesse pourtant de se dégrader. Les voûtes de l’église, notamment, risquent de s’effondrer, jusqu'à ce que l'édifice soit enfin classé en 1980. Une vaste entreprise de restauration débute alors grâce à l’association Saône lorraine5. Les propriétaires des bâtiments conventuels, de leur côté, y aménagent une présentation du couvent et une auberge campagnarde.

Les bâtiments
On visitera, dans cette abbaye bien conservée, les bâtiments conventuels, le cloître  et l’église. Lorsqu’on se gare aujourd’hui devant l’abbaye, près d’un beau lavoir, il faut se souvenir que la route n’existait pas autrefois : la propriété du château et celle des Cordeliers se touchaient, de sorte que le seigneur de St-Loup pouvait aisément se rendre chez les Frères. Il traversait leur jardin, comme nous le faisons de nos jours, longeant le vivier à sa droite ; il arrivait ainsi au chevet de l'église et entrait dans l'abbaye par l'arrière.

Les bâtiments conventuels présentent une architecture sobre qui convient bien à un ordre mendiant. Accolée au chevet de l’église, la partie du XVe s. qui a résisté à l’incendie de 1610 se caractérise par ses petites fenêtres, murées par la suite au profit de grandes baies. Le rez-de-chaussée abrite les communs (cuisines, réfectoires, resserres...) et donnait accès au cloître. Un majestueux escalier de bois du XVIIe s. conduit à l’étage, où se trouvaient la bibliothèque, le logis du Provincial6 et les cellules ; on y a recrée un environnement franciscain.

De l'abbaye, les religieux pouvaient passer dans le cloître, et de là gagner l'église par une petite porte qui donne dans le chœur7. Ce cloître est de petite taille. Les arcades couraient sur trois côtés seulement ; celles de l’est ont été bouchées au XVIIe s. Le côté nord est occupé par les contreforts de l’église que l’on a élevés au XVe s. lorsqu’on voûta la nef. A l’étage, on remarquera les fenêtres carrées, aujourd’hui murées, qui datent de cette époque. On pouvait encore accéder au cloître par une porte à droite du portail de l’église.

Celle-ci est l'élément prestigieux de l'abbaye. C’est un bel édifice de 35 m de long, dont la façade porte les blasons des maisons responsables de la fondation et des mécènes qui, à la fin du XVe s., ont œuvré à son embellissement8. Le bâtiment ne comprend qu’une nef, sans bas-côtés ni transept ; les deux chapelles funéraires, à gauche, constituent le seul ajout à ce plan fort simple. Les voûtes en croisées d’ogives ont remplacé la charpente initiale du vaisseau, qui jouit d’une belle clarté grâce à de grandes baies au sud9. L'église, on l'a vu, servit de nécropole seigneuriale : outre les chapelles funéraire du côté nord, dont une a disparu10, cette fonction est encore marquée, sur le côté sud, par l'enfeu de Grégoire du Châtelet11.

Le chœur est à cinq pans et ses hautes fenêtres ajoutent encore à la luminosité de l'église. Orné de boiseries et de stalles, il était réservé aux moines et sans doute séparé de l’assistance des laïcs par un jubé auquel on substitua, au XVIIIe s., deux autels de style rocaille et une grille magnifique en fer forgé12 . Juste au-delà se trouve la porte qui donne sur le cloître. Les Frères pouvaient encore entrer dans l’église depuis l’étage de leur logis par la porte qu’on voit en hauteur dans le chœur. A proximité se trouve un grand cadran solaire.


  • 1. Son château est de l’autre côté de la route, dans un parc où se trouve un beau colombier.
  • 2. L'année précédente, le Pape Nicolas V avait autorisé les Frères mineurs de Dole à fonder trois couvents dans le duché de Lorraine. Les Thons relevait donc du diocèse de Besançon. Ces Frères suivaient la récente réforme de leur ordre par Colette de Corbie. Cf. Archives Départementales des Vosges, Clergé régulier avant 1790, Cordeliers des Thons (XXIV H).
  • 3. Le Père Conseil prêcha au Concile de Trente et fut prédicateur et confesseur du roi de France Henri II.
  • 4. Les ordres mendiants acceptent volontiers des sépultures dans leurs églises : en 1996, les fouilles de l'église des Franciscains de Colmar, aujourd'hui Temple St-Mathieu, ont ainsi mis au jour les vestiges de nombreuses inhumations.
  • 5. L'association Saône lorraine a publié une brochure très intéressante sur Les Thons que l'on peut se procurer au couvent. Pour soutenir l'association : Fondation du Patrimoine, Ancien couvent et église des Cordeliers, Délégation Régionale Lorraine, 62 rue de Metz, 54000 NANCY.
  • 6. Le Provincial visitait le couvent régulièrement. L’abbaye des Thons relevait de la Province St-Bonaventure de l’ordre franciscain, dont le siège était à Dijon.
  • 7. C’est par cette porte que l’on entre aujourd’hui dans le cloître depuis l’église.
  • 8. En particulier ceux de la Maison de Lorraine et des St Loup-Choiseul ; ces derniers se trouvent aussi dans l’église, au dessus de la porte latérale qui donne sur le cloître. A l’intérieur, d’autres blasons de bienfaiteurs ornent les clefs et les retombées des voûtes de la nef, ainsi qu'au dessus des portes.
  • 9. Au nord, les fenêtres des chapelles funéraires sont plus modestes.
  • 10. Ainsi qu'on peut le voir sur une de nos photos qui présentent le côté nord extérieur de l'église.
  • 11. On y a placé une copie de sa plaque funéraire. L'original se trouve aujourd'hui au château d'Harchéchamp, près de Neufchâteau.
  • 12. Elle fut vendue après 1945.

Référence à citer

Marc Heilig, Un patrimoine en péril : anciennes abbayes des Vosges, archeographe, 2015. http://archeographe.net/bleurville-st-maur-les-thons-cordeliers