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Les grands édifices de la Nouvelle Ville. I-Bâtiments publics

La Neue Stadt devait réunir toutes les composantes de la société.

La nouvelle gare de Metz, mise en chantier à partir de 1905 et inaugurée en 1908, remplace la gare construite sous Guillaume Ier. Nous ne reviendrons pas sur le rôle qu’elle tenait dans la stratégie du Reich car cette fonction, occultée en quelque sorte par l’extraordinaire bâtiment dévolu aux voyageurs1, n’apparaissait guère aux citadins. Il est composé d’un hall de départ et d’un hall d’arrivée réunis par un couloir qui sert de salle des pas-perdus ; cette unité est prolongée de part et d’autre par des locaux administratifs.
La gare avait fait l’objet d’un concours, que remporta l’architecte berlinois Jürgen Kröger avec son projet « Licht und Luft » : un bâtiment modern style « clair, précis et fonctionnel »2, qu'il dut pourtant remanier, tout en conservant les volumes et l’organisation intérieure, afin de suivre le goût personnel de l’Empereur pour le style néo-roman3 . Le sommet de la tour, en particulier, rappelle les édifices romans des villes rhénanes. La gare de Metz est l’œuvre majeure de Kröger, qui s’associa aux architectes Peter Jürgensen et Jürgen Bachmann pour la réaliser. Les deux halles métalliques prévues à l’origine pour couvrir les quais furent complétées par une troisième après 1908.
L’édifice fut brocardé à l’époque pour sa lourdeur, d’autant plus qu’il rompt avec l'architecture messine en préférant le grès à la pierre de Jaumont. La gare de Metz a néanmoins grande allure ; elle fut réalisée avec un soin extrême et le résultat est à la fois monumental et esthétique. La grande longueur du bâtiment est tempérée par la tour4 et la majestueuse façade du hall d’entrée, ainsi que par les courbes des toitures et des avancées de certaines fenêtres. La teinte gris pâle du grès de Niderviller est heureusement rehaussée par le noir du basalte utilisé par endroit.
Mais c'est surtout le remarquable décor sculpté, dû au sculpteur berlinois Robert Schirmer, qui vient rompre la monotonie de la pierre. Il souligne partout les éléments structurels de l'architecture et l'on ne se lasse pas d'en admirer les détails : Schirmer a su mêler des scènes de la vie quotidienne et du monde des voyages et des transports à des motifs décoratifs inspirés de l'art roman. À l’angle de la tour, une grande statue représentait le comte von Haeseler en chevalier Roland, comme un rappel de la fonction militaire de la ville5. Les locaux intérieurs bénéficient eux-aussi  de cette profusion ornementale : chapiteaux sculptés, boiseries et peintures du restaurant, vitraux du salon d'honneur…
De plus, la gare fait partie d'un ensemble architectural ferroviaire : il comprend le château d'eau qui alimentait les locomotives à vapeur, la poste de la gare, construite en pierre de Jaumont relevée de colonnettes en basalte, le passage de l’Amphithéâtre et celui du Sablon, dont les arcs surbaissés supportent les voies de chemin de fer.

Pour l'Hôtel des Postes, judicieusement situé en face de la gare, l'architecte berlinois Ewald von Rechenberg reprit les critères d'air et de lumière qui avaient prévalu pour la gare. Ses plans, modifiés par Ludwig Bettcher et Jürgen Kröger, furent mis en œuvre par l'architecte Gustav Petrich à partir de 1907. L'inauguration eut lieu le 1er mai 1911.
Construit en grès rose des Vosges dans le style néo-roman rhénan, l'Hôtel des Postes, quoique moins ostentatoire que la gare, en est comme le reflet. L'édifice est de proportions harmonieuses et l'architecte a joué du traitement, poli ou à bossages, qu'il a donné à la pierre. La teinte du grès est agréablement relevée par des colonnettes d'un granit clair. Quant au décor, il rappelle celui de la gare par les arcs en plein-cintre des fenêtres et les arcatures lombardes des façades, et plus encore par le grand arc de l'entrée principale orné d'élégants rinceaux romans.

  • 1. Le bâtiment des voyageurs est inscrit aux Monuments Historiques depuis 1975.
  • 2. Cf. André SCHONTZ, La Gare de Metz, 2008, p. 78.
  • 3. Selon la presse de l’époque, l’Empereur aurait esquissé le clocheton de l’horloge.
  • 4. Le bâtiment fait plus de 300 m de long ; la tour a 40 m de haut.
  • 5. Après la Première Guerre mondiale, ce qui pouvait rappeler la domination du Reich dans la ville fut retiré.