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Le sanctuaire d'Ihn

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Le lieu est dédié aux divinités des sources, Sirona, Rosmerta, Apollon, mais Mercure et Minerve sont aussi mentionnés.

Par l'autoroute A 4. Sortie Boulay-Faulquemont. Prendre la direction de Boulay, puis celle de Bouzonville. Se diriger ensuite vers l'Allemagne (direction générale Dillingen). Juste après la frontière, à Niedeltdorf, tourner à droite en direction de Ihn. A mi chemin de cette belle route en forêt, laisser la la voiture sur le parking que l'on trouve à gauche. Un chemin très agréable monte jusqu'à l'esplanade du site archéologique et débouche au pied de la villa.

Les fouilles ont été exécutées de 1981 à 1984 par le musée de Trèves puis par le canton de Sarrelouis ; certaines statues et inscriptions sont exposées au musée de Sarrebruck. Le site se présente comme une grande esplanade ovale (A) prise sur une colline dont le versant la borde à l'est et la pente à l'ouest. Sur cette place libre et plane se dressaient sans doute des statues ou des autels : on peut voir en effet une pierre plate dont la surface est piquetée et aménagée pour recevoir un monument carré de ce genre (A1). Trois ensembles distincts s'alignent sur le côté est de l'esplanade : du sud au nord, une habitation (B), une zone cultuelle ceinte par un mur (C) et des bâtiments dont la fonction reste incertaine (D).

Le sanctuaire existait sans doute déjà à l'époque de La Tène, mais son aménagement actuel date de la période romaine. Plus tardivement, deux tombes franques furent creusées au nord de l'habitation (A2).

L'endroit est dédié aux divinités des sources. On sait que les gaulois vénéraient les sources, qu'ils tenaient pour curatives. A Ihn, un des bâtiments est construit autour d'une source qui coule encore aujourd'hui; l'eau en était récupérée par des canalisations (en bleu sur le croquis). Le serpent de la statue de Sirona rappelle l'aspect thérapeutique de ces cultes. Les inscriptions mentionnent Sirona et Rosmerta, mais aussi Apollon, Mercure et Minerve. Apollon est souvent associé aux sources, comme sa parèdre gauloise Sirona. Les lieux de cultes aux divinités des sources ne sont pas rares dans la région (Ste Fontaine près de Merlebach, le Hérapel à Cocheren), et les mêmes formes s'y retrouvent (temple octogonal au Hérapel, statue d'Hygie Esp V, 4454 de Ste Fontaine semblable à la Sirona d'Ihn).

L'habitation (23 x 35 m environ) reprend le plan habituel du bâtiment principal de la villa gallo-romaine. La façade, au nord, comprend un portique à colonnes (1) entre deux tours d'angle (2). Du portique on gagne, à l'est et à l'ouest, les salles inférieures des tours. Derrière lui se déploie une vaste salle centrale (3), dans l'angle sud-est de laquelle se trouve un foyer. Elle est bordée à l'est par un groupe de deux pièces plus petites (5) ; il devait aussi y avoir des salles à l'ouest mais il n'en subsiste que le niveau en sous-sol : en effet, dans l'angle sud-ouest de la grande salle, un escalier descend dans une cave (4) dont le plafond était soutenu par un pilier central de bois (il en subsiste la base à mortaise). Au sud, la grande salle donne accès à un ensemble qui comprend une pièce (6) dotée d'un bassin circulaire recouvert d'enduit étanche (7) ; de là, on accède encore à une pièce chauffée par hypocauste (8). Le basin, peut-être un aménagement postérieur, forme une excroissance dans le plan ramassé du bâtiment.

La zone cultuelle s'adosse au versant de la colline ; un mur l'entoure sur les trois autres côtés. Dans cet enclos s'alignent du sud au nord un petit édifice polygonal où coule la source (C1), un temple octogonal (C2), un bâtiment rectangulaire dont l'entrée se trouve à l'arrière (C3), et une petite construction carrée (C4).

Le temple de la source (C1) est très soigné. Sur un soubassement dallé, 6 colonnes sur piédestal sont reliées par un muret. L'entrée est à l'ouest. Les colonnes supportaient une toiture en tuiles. A l'intérieur, un bassin hexagonal s'inscrit au centre du dallage ; il reçoit la source, dont l'excédent est évacué par une canalisation. Au fond de l'édifice, face à l'entrée, la statue de Sirona se dressait sur un socle.

Les trouvailles faites dans cette zone, les nombreuses offrandes en particulier, en attestent la fonction religieuse. La statue de Sirona, en grès jaune, est de belle facture (voir photo en exergue) : la déesse est représentée debout, drapée dans un ample manteau plissé ; le bras droit est replié sur la poitrine, la main tient la tête d'un serpent dont le corps passe au dessus du poignet ; la tête de la déesse, son épaule et son bras gauche ont disparu. La statuaire du site comprend encore un torse d'Apollon assez réussi, en grès jaune lui aussi (ci-contre).

Les inscriptions témoignent de la même qualité d'exécution :

DEO
A(P)OLLINI
L . GEMINIV
SIMILI . S MED
V . S . L . M (sur une colonnette de grès)

DEO / APOLLINI / SILVINIVS / ADIVTOR / V . S . L . M
DEAE. DIRON(AE) / SILVIN(IVS) / ADIVTOR . ET.IVN / V . S . L . M
(avec le D barré propre à la prononciation du mot Sirona).

Au sud de la zone cultuelle, un mur de soutènement court le long de la colline. L'extrémité sud de l'esplanade est occupée par un troisième complexe qui n'a été dégagé qu'en partie (D). Il se compose de trois salles. Au centre de la plus grande avait été aménagé un foyer. La fouille n'apporta que peu de découvertes et la fonction de cet ensemble n'est pas claire. Il avait peut-être une fonction économique.

Référence à citer

Marc Heilig, Le sanctuaire d'Ihn, archeographe, 2002. https://archeographe.net/Le-sanctuaire-d-Ihn