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La région mazanaise à l’époque romaine

Les traces de l’occupation gallo-romaine sont très nombreuses sur le territoire de Mazan1. Celui-ci était alors presque entièrement exploité, par l’agriculture surtout : le site, en effet, s’y prête parfaitement, aussi bien la plaine, parcourue par le cours d’eau de l’Auzon, que les collines et le plateau de Carpentras qui la limitent à l’est et au sud-ouest. On peut ainsi esquisser un environnement rural et prospère, que l’archéologie confirme peu à peu. Outre des villae, l’habitat comprenait au moins un vicus assez étendu. Il est difficile de le situer avec exactitude mais il semble correspondre au quartier Saint-Andéol2. La campagne devait être parsemée de petits établissements. L’artisanat apportait un heureux complément : carrière, ateliers de fabrication de céramique et de tuiles, sans oublier les diverses activités toujours liées à la vie rustique.

De nos jours encore, le paysage est modelé par le cadastre antique : les centuriations transparaissent dans le tracé des chemins et dans l’orientation des champs. Le chemin Mercadier3, par exemple, reprend certainement le cours d’une voie d’une certaine importance entre Carpentras et Mormoiron. Peu de monnaies ont pourtant été retrouvées sur ce territoire sillonné de routes et de chemins ; cela correspond assez bien à la société rurale qui se dessine4, où le troc devait dominer les échanges.

La présence d’un temple n’a pas été clairement assurée jusqu’à présent, bien qu’elle ait été plusieurs fois mentionnée. On peut toutefois tenir pour vraisemblable qu’il y ait eu des édifices religieux. Quelques inscriptions votives ont été découvertes ; elles sont assez grossières, ce qui, encore une fois, convient bien à la nature du lieu dans l’Antiquité : deux sont adressées à Jupiter et deux aux Proxumae, divinités protectrices féminines issues du monde celte5.

La sphère spirituelle est avant tout représentée par le monde des morts. Plusieurs indices semblent attester l’existence d’un monument funéraire de quelque envergure et l’on connaît au moins deux nécropoles. L’une, à Saint-Andéol, est bien reconnue. Elle comprend des incinérations et des inhumations et a livré trois inscriptions funéraires6. La situation de l’autre, qui nous intéresse au premier chef ici, reste inconnue ; les sarcophages qui en proviennent ont été réunis au cimetière de Mazan.



  • 1. Le site avait déjà connu une occupation préhistorique et proto-historique.
  • 2. Cf. P. FAYOT, P. et C. TIRAN, Mazan, histoire et vie quotidienne, Carpentras 1978. Il s’agirait plutôt d’un vicus que d’une villa. Il semble même s’étendre au-delà, selon les recherches que Pierre Broise a menées au sud-ouest de ce lieu-dit sur une zone limitée au nord par le cours de l’Auzon, de part et d’autre de la route de Blauvac (D150), à la hauteur d’une patte d’oie formée par cette route et deux chemins qui desservent des fermes. La prospection a livré des vestiges qui témoignent indiscutablement d’un habitat (tuiles, amphores, céramique sigillée…). Cf. P. BROISE, Agglomérations rurales gallo-romaines en Vaucluse, 1984, p. 264-265.
  • 3. Le chemin Mercadier (Marchand), du Mercadier ou des Mercadiers, suit le tracé d'une voie qui fait partie d'une centuriation antique retrouvée par J. et G. Barruol. BARRUOL, Le Terroir de Mazan au Bas Empire et la nécropole de St-Andéol, Cahiers Rhodaniens X, 1963, p. 89-123.
  • 4. Voir D. CARRU et L. TALLAH, Carte Archéologique de la Gaule, Vaucluse 84-4, 2013, s. v. Mazan, p. 348-357. Cité CAG.
    Habitat : CAG 01, 10 (villa), 16 (villa, vicus), 19, 22 (habitation rurales), 28 (villa), 30, 31 (villa), 33, 35, 37, 42, 43.
    Artisanat : CAG 13 (potier), 14 (tuilier), 15, 19 (potier ou tuilier), 21 (carrière).
    Agriculture : CAG 10, 13, 16, 22, 24, 31, 39.
    Funéraire : CAG 10 (sarcophage), 12 (urne cinéraire, sarcophages), 15 (monument ?), 17 et 18 (nécropole), 35 (incinération), 38 (incinérations), 51.
    Inscriptions : CAG 03 (votive à Jupiter), 17 et 18 (épitaphe de Maxence), 25 (votive à Jupiter), 27 (votive aux Proxumes, 28 (votive aux Proxumes).
  • 5. Les inscriptions découvertes à Mazan, peu nombreuses, sont mentionnées par la CAG et par Pierre Broise dans l'article cité ci-dessus : « On a découvert plusieurs inscriptions dans la campagne : un autel à Jupiter par Aesilus fils de Savus (CIL XII, 1168) dans le quartier St-Mirail, un autel aux Proxumae par L. Sennius Tertiolus (ILN 174) dans le quartier Jérusalem et épitaphe de Maxime à Saint-Andéol même. Cf. J. SAUTEL, Forma Orbis Romani, VII, Vaucluse, 1963, p. 43. »
  • 6. L’épitaphe de Maxence, la plus complète de ces trois inscriptions, concerne deux compagnons d’esclavage, le défunt et le donateur : D M / COIVX MICCI / LLVS MAXSEN / IO POSSVIT / AGGENTI TITV / LVM
    Diis Manibus coniux Micci illus Maxsentio possuit aggenti titulum
    (Aux dieux Mânes, Micillus, son camarade, a élevé cette stèle à Maxence qui le lui avait demandé).

Référence à citer

Marc Heilig, Les Sarcophages de Mazan, archeographe, 2022. https://archeographe.net/node/796