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Pons Saravi, Saraburgum, Saarburg, Sarrebourg.
L'essor de Sarrebourg tient à sa situation sur un gué de la Sarre qui fut vraisemblablement occupé par une bourgade à l'époque gauloise. La ville romaine de Pons Saravi s'établit au début du Ie siècle ap. J.-C. sur la rive droite de la rivière, entre l'eau et les collines du Rebberg et du Marxberg. Le bourg s'agrandit jusqu'au IVe s. Il subit des incendies, sous Tibère, à la fin du Ie s. et au IIIe s.1. La ville s'entoure de remparts à la fin du IIIe s. ou au début du IVe. On en a découvert des tronçons entre la rivière et la rue du Maréchal Foch. Pons Saravi est mentionnée par l'Itinéraire d'Antonin et figure sur la Carte de Peutinger.La voie romaine de Metz à Strasbourg se divisait en deux au nord de Langatte. Son cours principal contournait Pons Saravi par le nord, traversant le gué de Hoff, la Cité Industrielle et la Maladrerie. La branche sud se dirigeait à peu près en ligne droite vers le bourg, qu'elle atteignait au pont de chemin de fer de la rue de Verdun. Elle entrait dans la ville par la rue du Lieutenant Bildstein2, passait la Sarre par un pont de bois, rebâti ensuite en pierre, qui remplaça le gué. Suivant le decumanus maximus, elle gagnait le forum, coupait le cardo maximus et se dirigeait ensuite vers le nord-est pour rejoindre, par le haut de la rue du Sauvage, la voie principale3.La structure générale de l'agglomération est donnée par le decumanus maximus4 et le cardo maximus5. Ils se coupaient à l'est du forum6. On a repéré dans ce secteur des caniveaux et un pavage régulier7. La ville semble avoir bénéficié d'aménagements urbains de qualité. Elle disposait d'un aqueduc, que les travaux de 19668 ont révélé : la conduite d'eau était faite d'éléments de chêne, longs de 2,50 m, engagés les uns dans les autres et maintenus par des crampons en fer. Les habitants avaient aussi foré des puits. On a rencontré un égout à plusieurs reprises9. Il est assez naturel de trouver aussi un petit port sur la Sarre, dont de gros pilotis de chêne et des rives aménagées sont apparus lors de travaux urbains.
On connaît au moins une nécropole. Elle était située le long de la branche sud de la voie romaine, au bas de la rue de Verdun. A l'entrée de la ville, le long de la voie, c'est un emplacement habituel pour le monde des morts dans les villes romaines. On y a retrouvé une trentaine de coffres funéraires en grès qui contenaient des incinérations, parfois avec une urne en verre.
Dans le maillage des rues prenaient place maisons et monuments. Place du Marché, sur le forum, les travaux de fondation de l'église paroissiale en 1784 ont mis au jour 12 colonnes composites encore sur leur socle. Un siècle plus tard, on trouvait des mosaïques et des tuiles. Ces éléments appartiennent à un bâtiment important, une basilique ou un temple.
Une stèle d'Apollon en grès provient peut-être de ces travaux10. Le dieu est représenté debout et de face. Il porte une chlamyde, attachée sur l'épaule droite ; le vêtement couvre l'épaule gauche et laisse le corps presque entièrement nu. Apollon s'appuie de la main gauche sur une lyre posée sur un petit [#autel] ; il tient un plectre de la droite. A gauche, un oiseau est posé sur le sol ; un autre est perché sur un laurier à droite. Lors des travaux de 1922, au croisement de la Grand Rue et de la rue Napoléon Ie, on découvrit de solides murs sur pilotis et une partie de tour. On retrouva ce mur large de 1,60 m au sud de la chapelle des Cordeliers. L'extension du bâtiment reste inconnue. Il date sans doute du Ie siècle.A l'ouest de la rue du Château d'Eau, on découvrit en 1895 un mithraeum.
Le sanctuaire faisait 6,80 sur 5,40 m. L'entrée donnait sur un vestibule, d'où l'on passait dans la crypte, garnie d'une [#banquette] de 0,90 m de large sur chaque long côté. Au fond du temple se dressait le grand bas-relief cultuel. Les fouilles livrèrent de nombreux éléments architectoniques, de la céramique, des ossements d'animaux et 284 monnaies entre 254 et 395. C'est sans doute après cette dernière date, peu après la mort de Théodose, que le sanctuaire fut saccagé et incendié11. Une source jaillissait du sol à 15 m de la crypte.
Le bas-relief, en calcaire, fait 2,60 m de haut pour une largeur de 2,20 m. Il suit les conventions ordinaires des reliefs mithraïques12. L'image centrale représente Mithra, en costume phrygien, qui sacrifie le taureau. L'animal lève le mufle et ramène les jambes sous son ventre ; sa queue se termine par un épis. Les animaux habituels de ce genre de scène figurent aussi sur le relief : le scorpion, le serpent, le lion, le corbeau, perché sur le manteau flottant du dieu, et le chien, qui se dresse pour lécher le sang de la blessure. Les dadophores, Cautès et Cautopatès, de petite taille, se tiennent debout de part et d'autre de cet ensemble. Les bustes des quatre vents occupent les angles du tableau13 ; au dessus de chaque buste supérieur court un petit bige, celui de la Lune à droite, celui du Soleil à gauche.
Ce tableau est entouré sur les côtés et au dessus par des frises. Un groupe de dieux romains occupe la frise supérieure14 ; à gauche, Mithra, assis sur un rocher, se sert de son arc. Les frises latérales sont composées de petites scènes en panneaux superposés. Le bas-relief est surmonté du buste de Mithra, le Soleil Invincible, de 0,67 m de haut, la tête entourée d'un nimbe de pierre. Sur la base se trouve l'inscription :
IHDD DEO INVO MARCELEVS MARIANVS DS POSVI.Non loin du mithraeum, se trouvait un petit centre cultuel. Parmi les trouvailles, on peut citer :
- un autel dédié à Sucellus et Nantosvelta, figurés debout dans une niche15. Le dieu est barbu, la tête légèrement tournée vers la gauche. Il porte un manteau sur la poitrine et les épaules et de hautes bottines. Il s'appuie de la main gauche sur un maillet à long manche, et porte un vase de la droite.
La déesse est drapée. Elle sacrifie de la main droite sur un autel en forme de balustre et s'appuie de la gauche sur un attribut constitué d'une maisonnette au bout d'un long manche. Au dessus de la niche se trouvent un corbeau, tourné vers la gauche, et l'inscription :
DEO SVCELLO NANTOSVELTE BELLAVSVS MASSE FILIVS VSLM
- un autel en grès avec une déesse en bas-relief16. La déesse est sans doute Nantosvelta. Elle est drapée, debout dans une niche. Elle tient dans la main droite le même attribut que sur l'autel précédent. A droite, sur le sol, trois objets superposés de forme ronde. Au dessus de la niche, on lit l'inscription :
IN HRDD M TIGNVRIVS VSLM
- deux stèles en calcaire incomplètes brisées en de nombreux morceaux17. Elle représentent chacune un dadophore et devaient être de part et d'autre d'un grand bas-relief. L'inscription, sur la base, est très mutilée.
Les travaux de construction de l'hôpital militaire sur le Marxberg, en 1890, livrèrent d'importantes substructions romaines, de la céramique et des figurines en terre cuite de déesses-mères.
- 1. Un important incendie détruit la ville, peut-être dans la première moitié du siècle, lors de l'invasion des Alamans. Sans doute les invasions du début du IVe s causèrent-elles d'autres destructions.
- 2. Autrefois Vieille Rue.
- 3. Actuellement la RN 4.
- 4. Grand Rue.
- 5. Rue de la Marne-rue Napoléon Ie.
- 6. Place du Marché.
- 7. Il n'est pas certain que le pavage soit romain.
- 8. Couverture partielle de la Sarre.
- 9. Ses murs sont d'une bonne maçonnerie ; le fond et la couverture sont faits de dalles de grès.
- 10. Aujourd'hui au Musée Lorrain de Nancy. Cf Esp. 4535.
- 11. On découvrit dans la crypte, à l'endroit où se dressait l'image du dieu, le squelette d'un homme dont on avait attaché les mains derrière le dos par des chaînes en fer.
- 12. Le bas-relief se trouve aujourd'hui aux Musées de la Cour d'Or de Metz. Cf. F. CUMONT, II, p. 473, n° 491a, p. 513 et pl. IX ; Espérandieu, 4564, 4565, 4567.
- 13. Euros et Borée sont barbus, Notos et Zéphyre sont glabres.
- 14. De gauche à droite : Vulcain, Mercure, Jupiter, Hercule, Neptune et Bacchus.
- 15. Il est conservé au Musée Lorrain de Nancy ; le Musée du Pays de Sarrebourg en possède un moulage. Cf Esp. 4566, CIL XIII, 4542.
- 16. Cf Esp. 4568, CIL XIII, 4543.
- 17. Cf Esp. 4564, CIL XIII, 4540.