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http://www.archeographe.net/article72.html
jeudi 1er mai 2003, par Marc Heilig
Nous pr�sentons ici deux st�les fun�raires romaines de Metz. Elles sont incluses dans la ma�onnerie du Moulin des Termes, en compagnie d’une statue du XVIe s.
Les st�les romaines
Les sculptures romaines sont connues depuis longtemps. Jean-Jacques Boissard [1] les situe pr�cis�ment : « ad catarachtas Mosellae, sub fornice, prope pistrinum terminorum ». L’ouvrage de Nicolas et Jean-Fran�ois Tabouillot situe de m�me la st�le � l’homme en pied [2] : « plac�e, � droite, dans la pile qui est au milieu de l’�cluse, pr�s du Moulin du Terme, entre le pont Moreau et celui de Saint-Georges. » Plus tard, en 1874, Charles Lorrain [3] nous donne d’autres pr�cisions : « dans l’avant-bec de la pile du Pont-des-Thermes, flanquant une tombe d’abbesse de 1516, vulgairement connue sous le nom de la Reine Gilette. » Esp�randieu les d�crit en 1913 [4].
Les inscriptions de ces st�les ont aussi �t� publi�es, l’une dans l’ouvrage de Charles Robert [5], qui l’�tudie avec pr�cision, et les deux dans Esp�randieu et dans le C.I L.
Le Moulin des Termes est un lieu tr�s ancien de Metz, entre le pont Moreau et le pont St Georges. Bien que Robert et Lorrain �crivent Thermes, il faut suivre Boissard, plus proche de l’origine de l’�difice. Il utilise le mot latin terminus, que Tabouilot traduit par terme. Ce mot �voque une limite de terrain, alors qu’aucun �difice thermal n’est connu � cet endroit.
Robert nous apprend que le mur de l’�cluse fut construit en 1514. « Jehan Bernhard », dit-il, « fermier du moulin, avait obtenu, pour reconstruire son �cluse, de grosses pierres de taille provenant de diverses fouilles. » [6]
Une carte postale de la fin du XIXe pr�sente un endroit encombr� de b�timents disparates.
Sur une autre, post�e en 1909, on a repris la photographie au dessin pour placer le moulin et la chute d’eau par une nuit de pleine lune et en accentuer l’aspect d�sol� et inqui�tant.
Les sculptures sont de l’autre c�t�, en amont de la chute. Elles ne sont accessibles que par bateau, mais on peut les distinguer depuis le pont Moreau. L’endroit a peu chang�.
La st�le de gauche (Esp. V, 4308) fait environ 1,40 m de haut sur 0, 60 m de large. Elle repr�sente un homme debout, dans un cadre au sommet arrondi et au socle simplement piquet�. L’homme porte une tunique et une paenula [7] ; il a le bras droit repli� sur la poitrine, mais le bras gauche plus d�pli� sur lequel passe un pan du manteau. De ce c�t�, le personnage tient un coffret. Le visage est ab�m�.
La seule inscription est au dessus de l’arc de la niche. En lettres soigneusement grav�es, on lit
C A R O
Ces lettres occupent toute la largeur de la st�le et forment donc une inscription compl�te.
La st�le de droite (Esp V, 4321) a 1,50 m de haut et 0,60 m de large. Elle est divis�e en deux registres superpos�s.
En haut, dans une niche, est repr�sent� le buste d’un homme imberbe, v�tu d’une tunique et d’un manteau. Le visage est ab�m�. Au dessus de cette niche se trouve l’inscription
D M
NOCTVRNIONOCTVR
NIANOMEROCLIA
CONIVXPOSVIT
Que l’on r�tablit ainsi : D(iis) M(anibus) Nocturnio Nocturniano Meroclia coniux posuit
Le registre inf�rieur est un bas relief inscrit dans un rectangle allong�. Il repr�sente un homme v�tu d’une tunique, conduisant une charrette � deux roues attel�e d’un cheval. Esp�randieu ajoute que l’homme est imberbe et qu’il tient de la main droite un fouet � deux lani�res, mais l’�tat de la pierre ne permet plus de distinguer ces d�tails .
M�roclia, �pouse de Nocturnius Nocturnianus, a donc r�alis� ce monument � la m�moire de son mari. Le bas-relief inf�rieur est sans doute une indication qui le concerne.
La statue du XVIe s.
Quant � la statue du XVIe s., elle repr�sente une femme debout, v�tue d’une robe par dessus laquelle est drap� un manteau ; elle a le bras gauche repli� sur le ventre et tient de la main droite un pan de son manteau. Les pieds manquent, et la t�te a �clat�.
Il s’agit peut-�tre de la pierre tombale d’une abbesse. Dans ce cas, � sa place originelle, elle devait �tre couch�e, comme un gisant. Un petit toit � deux pans est sculpt� au dessus de la dame ; il est lui-m�me surmont� de la date de 1516.
Cette date est en contradiction avec le texte de Ch. Robert. Il affirme en effet que le mur fut construit en 1514 avec des pierres que Jehan Bernhard avait r�cup�r�es, et il semble que cette date doive �tre tenue pour assur�e puisque le contrat existe encore. On doit sans doute admettre que la statue fut plac�e l� bien plus tard, � un moment o�, pour une raison qui nous �chappe, elle devint elle-m�me une pierre que l’on pouvait r�cup�rer. Joseph Cajot, en 1760, rapporte la l�gende attach�e � cette effigie [8], ce qui exclut qu’elle ait �t� retir�e de son emplacement initial � la suite des troubles de la R�volution.
Ch. Robert, sans tenir compte de cette date de 1516, termine ainsi son article : « Parmi les d�bris de monuments vendus � Jehan Bernhard pour la reconstruction de son �cluse, se trouve une assise venant de quelque �glise du moyen �ge et repr�sentant une femme ; or cette figure est voisine, dans le mur de l’�cluse, du cippe antique o� figure un char. Ce rapprochement, suivant dom Cajot et M. Chabert, aurait donn� lieu � la l�gende populaire de la reine Gillette renvers�e de son char dans la Moselle. »
[1] BOISSARD Jean-Jacques, Antiquarum inscriptionum, quae partim in Italia, partim in Germania et Gallia videntur, cum suis signis et imaginibus exacta descriptio, Paris, B. N., r�serve des imprim�s, ms. n° 468 bis.
[2] TABOUILLOT Nicolas et Jean-Fran�ois, Histoire de Metz par des religieux B�n�dictins de la congr�gation de Saint-Vanne, t. I, Metz, 1769
[3] LORRAIN Charles, Mus�e de la ville de Metz. Catalogue de la galerie arch�ologique, Metz, 1874
[4] ESPERANDIEU Emile, Recueil g�n�ral des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule romaine, T. 5, Belgique 1e partie, Paris 1913, n° 4308 et 4321
[5] ROBERT Charles et CAGNAT Robert, Epigraphie gallo-romaine de la Moselle, Paris, 1888, p. 58.
[6] « Le contrat existe encore », poursuit-il, en donnant en r�f�rence : CHABERT, M�moire de l’Acad�mie de Metz, 1857-58, p. 513.
[7] Manteau avec capuche utilis� pour le voyage.
[8] CAJOT Joseph, Les antiquit�s de Metz, ou recherches sur l’origine des M�diomatriciens, leur premier �tablissement dans les Gaules, leurs m�urs, leur religion, Metz, 1760. Chabert le reprend en 1857 : CHABERT, M�moires de l’Acad�mie de Metz, 39e ann�e, 1857-1858.
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Marc Heilig
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