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mercredi 21 juillet 2004, par Basil Soyoye

Au sud-ouest du Nigeria, les Yoruba forment un large groupe compos� de diff�rents royaumes. Leur civilisation, � la fois urbaine et royale, est l’h�riti�re des cultures Nok et If� [1], dont les superbes t�tes en terre cuite et en bronze sont c�l�bres. La tradition religieuse bien particuli�re de ce peuple lui permit d’adopter le christianisme comme une continuit�.


Un monde surnaturel

Les Yoruba sont unis par leur religion traditionnelle. �tre supr�me, le dieu du Ciel Olorun est l’origine de tous les �tres. On ne le repr�sente jamais, on ne lui rend aucun culte. On ne peut s’adresser � lui sans la m�diation [2] de nombreux dieux secondaires, esprits et g�nies, qui s’occupent des diff�rents aspects du monde. Dieux des rivi�res, des montagnes, des arbres… ils r�gissent les affaires humaines. Certains sont des anc�tres tr�s v�n�r�s. Le syst�me religieux [3] repose en effet sur l’immortalit� de l’�me et sur un mode de r�incarnation qui accorde une grande place � la responsabilit� : Olorun juge les actions du mort, dont il d�termine ainsi la nouvelle vie sur terre. Toutes ces entit�s peuplent un monde invisible et surnaturel, dynamique et vivant.

Seuls les sorciers savent passer dans ce monde effrayant. Ils maintiennent l’ordre en g�rant le divin et le surnaturel et sont les garants de l’organisation sociale. On les appelle ainsi parce qu’ils travaillent dans le secret et ont le pouvoir de manipuler la nature et d’apaiser les divinit�s en col�re. Ils volent la nuit, se changent � leur gr� en chat, en chauve-souris, en rat… Ils peuvent �tre en deux lieux � la fois, voyager dans le temps… Hommes ou femmes, ils appartiennent � une confr�rie. Ils sont les « sorciers blancs », bienfaisants et gu�risseurs. On les respecte et on les craint. S’il arrive qu’un sorcier utilise son pouvoir � mauvais escient – il devient un mangeur d’�mes, un « sorcier noir » car il agit dans la nuit – sa confr�rie le punit s�v�rement : traduit en public, il est contraint � l’exil ou lapid� par des enfants.

La f�te de Gelede

Toute sculpture yoruba est charg�e d’une signification importante. Masques et statuettes sont li�s � une divinit�. Le masque gelede appartient � Gelede, qui r�git l’ordre du monde et la fertilit� de la terre. Le dieu a son propre temple et son culte n’est c�l�br� que par ses adeptes [4]. Sa f�te, r�serv�e aux hommes, se d�roule en plein jour une fois par an. Elle commence par une b�n�diction des fruits de la terre et par des sacrifices d’animaux dans le couvent du dieu. On appelle ainsi sa bienveillance sur le village. L’�v�nement donne aussi l’occasion de se r�unir autour d’un grand repas [5].

La danse associe les rites appropri�s � la magie, aux percussions, aux costumes et aux sculptures. Les « masques » [6] gelede portent des v�tements de femmes et peuvent repr�senter une vaste gamme de caract�res, aussi bien masculins que f�minins. V�tus de riches costumes chamarr�s, les hommes dansent en couple. Ils portent le masque sur le front, ce qui leur permet de voir � travers l’�toffe qui les cache enti�rement.

Art et spiritualit�

L’art yoruba s’apparente au style d’If�, dont il semble �tre une interpr�tation populaire : il n’en a pas modifi� le caract�re, bien qu’il ait remplac� par le bois les mat�riaux nobles comme le bronze, la pierre ou la terre cuite. Les plus belles r�alisations, comme cette Maternit� de la collection de Haguenau, conservent la majestueuse dignit� des �uvres anciennes. Surtout lorsqu’elle touche � la religion, la sculpture va toujours au-del� de la seule esth�tique car elle maintient la relation entre les mondes surnaturel et mat�riel. Aussi le symbole y est-il toujours pr�sent. Par exemple, on perfore les yeux du masque gelede, alors qu’il n’est pas port� sur le visage. De m�me, aucun sculpteur ne se risquerait � faire un portrait, de peur que ce double ne devienne la proie d’une puissance mal�fique. On reconna�tra quelqu’un � sa coiffure, � ses scarifications, � ses v�tements… Les artistes doivent se plier aux principes religieux de leur client�le, mais ils disposent d’une certaine latitude pour s’exprimer. Les meilleurs se servent de ces contraintes pour sublimer l’indispensable par la perfection de l’art.

[1] La civilisation de Nok, s�dentaire mais encore rurale, peut-�tre situ�e entre le VIIe s. avant J.-C. et le IIIe apr�s. La civilisation d’If� connut son apog�e entre les XIIe et XVIe si�cles. Elle perdit alors son r�le politique mais conserva son influence religieuse.

[2] De m�me, on ne peut s’adresser � une personne de haut rang sans interm�diaire.

[3] Aujourd’hui, la religion islamique est la plus r�pandue dans le pays, suivie par le christianisme et par la religion traditionnelle, qui subsiste encore dans certaines r�gions.

[4] On n’est adepte que d’un seul dieu, mais plusieurs divinit�s peuvent �tre repr�sent�es dans un m�me village. Bien que tous les villageois assistent aux f�tes, seuls les adeptes participent au culte de leur divinit�.

[5] Les femmes pr�parent les plats la veille. Elles contribuent � la f�te de cette mani�re.

[6] Masque est aussi le nom que l’on donne au danseur. Rev�tu de tous ses attributs, y compris le masque sculpt�, il permet d’entrer en communication avec la divinit�.

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Basil Soyoye


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